Histoire du club

ANSEREMME !!!
 
On enfile une rue aux maisons hors d’équerre, festonnées de verdures et étoilées de lichens, et qui monte, longeant des fosses à purin d’où s’essore, au passage des piétons, la fuite apeurée de canards bedonnants et d’oies cacardantes.

C’est ensuite le gros du village, boutiques et petites bordes, dans l’odeur des « caboulées » cuisant à la porte des logis sur des feux de bois.

Un drelin bruit à la porte des boutiques, on tue un cochon chez le boucher et, sur les seuils, les petits enfants barbouillés mangent des quignons de pain beurrés de poiré. Une transparence d’air bleu, l’air wallon qui semble se brillanter de cristaux, rend tout frais, cordial, limpide et avenant.

Quelques pas encore et au tournant de la route, un joyeux panonceau peinturluré « Au Repos des Artistes », signale l’auberge où, malgré l’exiguïté des chambres, on trouvait le moyen de s’empiler à la douzaine et qui était le relais où, en petites bandes, des ateliers de Bruxelles, on arrivait se mettre au vert.

Avec ce texte de Camille Lemonnier, le décor est planté pour évoquer en préambule l’histoire qui va suivre. Pour mieux situer celle-ci, Léon Dommartin- alias Jean Dardenne nous invite, avec ses « Notes d’un vagabond » à embarquer sur le fleuve des souvenirs pour remonter le cours du temps, et tenter ainsi d’y trouver ce qui fut peut-être à l’origine du Club dont nous célébrons le centième anniversaire cette année. Toute la colonie descendait par un petit chemin allant droit à la Meuse, dont la nappe s’étale d’un côté jusqu’au Pont St-Jean, de l’autre jusqu’au Rocher Bayard. Une île s’allonge devant nous, verte, bordée d’aulnes et de saules, environnée de joncs, de roseaux et de nénuphars. C’est notre plage.

Tous les matins vers la onzième heure, on voit glisser sur l’eau bleue où les poissons tracent de rapides sillons d’argent, nos barques remplies de personnages étranges qui ressemblent à des ombres joyeuses.

Les barques abordent en frôlant les joncs. La fête commence…

C’est là, sans aucun doute, sur cette île de Noyompré, baptisée Ile d’Amour en 1875 lors d’une réception des membres de la « Colonie d’Anseremme » fréquentant l’Auberge d’Auguste Boussingault, qu’eurent lieu les premiers frémissements du sport nautique chez nous.

En effet se trouvaient là, parmi le groupe, quelques rameurs et Félicien Rops, 1er Président du Cercle Nautique de Sambre & Meuse fondé à Namur en 1862, encore tout auréolé d’une victoire à Paris en 1864 avec un équipage de 4 rameurs et un barreur, sur un « gigs » dénommé « Miss Brunette ».
 

Un autre bateau le « Pigeon vole », est visible à gauche de la photo de groupe où figure Félicien Rops assis, vêtu d’un maillot de corps ligné.

Faut-il y voir, avec le recul du temps, un signe prémonitoire ?

 

 

 

Toujours est-il que ces joutes amicales inconnues chez nous jusqu’alors, furent peut-être le ferment d’une certaine émulation pour ce sport parmi les riverains. C’est ainsi qu’en 1909, quelques braves aidés par des mécènes étrangers, créèrent le Cercle Nautique Meuse & Lesse ; cela pour aider les « Macheus d’èwe » (Expression typiquement locale, du wallon, qui veut dire « mélangeur d’eau »)

Les courses du début étaient plutôt de véritables duels entre les hommes forts de l’époque, qui en casquette et moustaches tombantes, chemise rayée et long pantalon de coutil, y allaient de tout leur cœur et où l’honneur y était pour beaucoup.

Il y avait là les jours de courses, autour des barques de pêche qu’ils entouraient d’un soin jaloux, des hommes dont les noms et les sobriquets encore mieux rappellent des silhouettes, tels : « Li Noir », terrible raffleur, « Soyeux », « Li Ptite Samwène », « Li Grand », « Li P’tit Pèlè », « Li Fi Cousaille », « Shelback », « Bibi Noyet », Roulin, Bohée, Defoin, « Bèbè », Christiane, « Mimil », Debry………et combien d’autres.

Longtemps après la course et la « chique oubliée », on en parlait encore et les battus à Anseremme, ruminaient leurs revanches 

« po l’dicause des Rivatches ». Peu à peu, ces braves furent tentés par la rivière, et sur la Lesse encore mystérieuse et sauvage, connue seulement de quelques pêcheurs « à la sauvette », ils mesurèrent leur résistance sur des parcours-marathon.

De Wanlin, de Villers, ils s’élancèrent, au fil des années, pour décrocher une récompense bien faible à l’égard des terribles efforts qu’ils avaient dû fournir.

La veille de ces journées mémorables, on chargeait les barques sur des charrettes à bras, pour les conduire à la gare.

Là elles partaient sur wagons plats, pour Wanlin. Puis c’étaient les ultimes préparations, les plus minutieux enduisant le fond de leur barque avec de la chandelle de suif, pour faciliter la glissade sur les pierres et les barrages.

Une fois tout le monde rentré, suivaient des interminables explications « ès mon Augusse » (Boussingault), « ès mon Coco »,

« ès mon l’Soyeu » ou « addé Christiane » : les deux derniers bistrots étant visités à l’issue des courses sur la Meuse, au quartier des Rivages.

Ensuite vers les années1930, des étrangers, souvent des Liégeois, vinrent se mesurer sur la Lesse. C’est ainsi que ces premiers clubs furent à l’origine de la création de la « Fédération des Pagayeurs » d’abord, de la « Fédération Belge de Canoë » ensuite.

C’est à Anseremme que Jules Deneumoulin, futur « crack international », vint faire ses premières armes, et les coureurs locaux 

de ce temps-là, « Georget » Jacobs et Benjamin Javaux firent les premiers déplacements sur l’Ourthe et dont certains furent victorieux.

 

 

  

 

Premier drapeau du C.N.M.L. en 1909 (A proximité de l’actuel “Beau Rivage”)

 

 

A cette époque Félix Bourdon était Président, Louis Lamy Secrétaire.

Chaque année, la « balade » de Houyet à Anseremme réunissait les membres du club, et le banquet traditionnel avait lieu chez Boussingault. Après les longues luttes pour le challenge « Feyaerts », ce furent les jeunes qui prirent la relève, et les Evans-Gilles et consorts remportèrent également des succès dans les « audax ».

Puis, ce fut la guerre…………

En 1947 eut lieu la constitution d’un nouveau comité, chez Benjamin Javaux, tenancier du local « Au Café du Vélodrome».

Alfred Némery fut appelé à la présidence, et dirigea son club d’une main sûre. La trésorerie fut confiée à Emile Dandoy, et le poste de secrétaire à Louis Lamy, qu’un accident vint cruellement retirer aux siens.

Jacques Richard lui succéda, et eut en charge l’organisation des Championnats de Belgique « Vitesse » en 1949.

Vint ensuite Gustave Boussingault, qui laissa au « Meuse & Lesse » la marque profonde de son activité et de son esprit sportif.

Constant Dethise remplit ensuite cette fonction avec beaucoup de dévouement avec, à son actif, la mise sur pied des Régates Internationales de Vitesse dont l’ampleur a dépassé toutes les espérances.

Quant aux compétiteurs, ce furent les frères Libert, dignes descendants du « Noir », qui les premiers reprirent place parmi les gagneurs à la pagaye et remportèrent tous deux quelques belles victoires, gagnant chacun la Lomme et la Lesse.

Pierrot fut champion de Belgique de slalom en 1956, et tous deux furent sélectionnés en équipe nationale belge à l’étranger.

René Colin gagna également la course sur la Lomme, et Gérard Jaumotte le marathon de l’Ourthe, que lui seul du « Meuse & Lesse » parvint à remporter. Bien avant que le club n’y remporte souvent les challenges inter-clubs, et que Jean-Pierre Renglet le gagne lui aussi. Peu à peu les déplacements se multiplièrent, et aux timides essais des coureurs de vitesse sur les eaux flamandes, vinrent s’ajouter des courses de rivière et des slaloms de plus en plus lointains et difficiles.

Mais avec cet accroissement des compétitions, une nouvelle page était tournée et une orientation nouvelle s’imposait aux dirigeants de l’après-guerre. Résolument ils choisirent une politique sociale, qui permettrait aux jeunes gens quels qu’ils soient, de pratiquer le sport du kayak et de participer aux déplacements avec du matériel de club.

C’est ainsi qu’après les années, où seuls quelques vrais bateaux pouvaient être alignés, et dans le hangar aimablement prêté par Auguste Culot, de nombreux modèles récents allaient concrétiser l’effort fourni par le comité pour doter de bon matériel son équipe de jeunes pagayeurs.

Les résultats ne se firent pas attendre et, dans le courant des années 60, le vieux club allait connaître une percée sensationnelle sur le plan européen et mondial.

 

 

Un des premiers comité d’après guerre

 

 

 

Le président Nemery croqué par J. Javaux

 

Bien encadrées par des dirigeants compétents et dévoués, des équipes de jeunes pagayeurs furent de plus en plus nombreuses, dans le sillage de J-P Burny.

Jean-Pierre Burny, l’étoile montante qui allait tenir durant vingt ans le haut des classements belges et étrangers et ce, tant en rivière qu’en vitesse. Son exceptionnel palmarès, avec ses quatre titres de champion du monde de descente, mérite certes d’être évoqué dans ses grandes lignes avec l’historique de son club. Ce palmarès donnera l’occasion à beaucoup d’apprécier ce que fut sa carrière sportive, parmi l’élite du canoëisme mondial.

Avec Burny, des jeunes de grande valeur prirent part à la formation, jusqu’à son apogée, de l’équipe de haute compétition du R.C.N. Meuse & Lesse. D’excellents coureurs comme Renglet, Frys, Lupcin, Bultot, Bodaux, Michel, Richard, Detaille, Leroy et les frères Dethise constituèrent le noyau d’élite, avec lequel se développa à Dinant, le sport du kayak dans une proportion encore jamais atteinte.

Entretemps, l’Administration communale avait décidé de doter le club d’installations dignes de ses résultats ; le Centre Nautique Dinantais fut inauguré en 1973, en présence du Prince de Mérode-Président du Comité Olympique Belge, du Ministre Van Hal et du Directeur de l’ADEPS.

Les drapeaux claquaient au vent ce jour-là, sur les bords de la Lesse.

Ils saluaient la valeur du doyen des clubs belges de Canoë-kayak, qui se voyait enfin récompensé de tant d’efforts.

 

 Un autre comité quelques années plus tard entourant Jean-Pierre Burny

 
Mrs Frys - Burnay - Javaux - Alexis - Bodlet - Croibien
Bousingault - Dethise - Burny - Nemery - Renglet
 
Rétrospective de Mr Jean Javaux, extraite du livre du centenaire du club
 
 
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